KARUKERA BENTHOS 2012
KARUKERA BENTHOS 2012
Pour conserver, gérer et utiliser, il faut connaître. Les scientifiques sont conscients que 80% des espèces restent encore à découvrir et à caractériser ; la majorité d’entre elles se trouveraient dans les zones côtières et les forêts des régions tropicales.
Trente ans après la création de l’Université Antilles-Guyane (UAG) et vingt ans après celle du Parc National de la Guadeloupe (PNG), de nombreux compartiments de la biodiversité de la Guadeloupe restent encore méconnus. Si les compartiments les plus emblématiques (poissons, coraux) des écosystèmes marins de la Guadeloupe sont maintenant bien inventoriés, il n’en va pas de même pour les compartiments du petit macrobenthos. Mollusques, crustacés, échinodermes et algues restent en effet l’une des boîtes noires dans l’inventaire de notre patrimoine naturel, alors même qu’ils sont les plus riches en espèces. Le projet KARUKERA BENTHOS 2012 vise donc précisément à combler cette lacune. Il s’inscrit dans un renouveau des inventaires « de nouvelle génération », visant à alimenter les bases de données internationales – d’échantillons, d’images et de séquences moléculaires -. Au terme du projet KARUKERA BENTHOS 2012, le Parc de la Guadeloupe disposera d’un état de référence sur lequel fonder ses actions de conservation et de gestion ; les chercheurs auront constitué une collection de référence de nouvelle génération, qui alimentera les articles de recherche – en particulier la description de nouvelles espèces-.
Le projet KARUKERA BENTHOS 2012 est porté par l’Université Antilles-Guyane (UAG), le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) et le Parc National de la Guadeloupe (PNG). Il est cofinancé par le Fonds Européen de Développement Régional (Feder), le Port Autonome de la Guadeloupe (PAG) et l’Etat. De nombreux partenaires locaux se sont aussi mobilisés, avec notamment la participation d’Air France, la Marina de Pointe-à-Pitre, les Heures Saines, Eden Plongée et le bureau des Phares et balises.
La mission principale (du 02 au 30 mai 2012) mobilise une quarantaine de personnes, bénévoles et chercheurs issus du réseau MNHN, mais aussi chercheurs et personnels de l’UAG et agents du PNG. Au total, 8 nationalités sont représentées (Venezuela, Cuba, Pays-Bas, Espagne, Suède, Etats-Unis, Mozambique, France -Guadeloupe et Martinique compris-).
Un petit module de 5-6 personnes effectuera des compléments d’observations en décembre 2012 pour les organismes particulièrement saisonniers (algues, nudibranches).
Planning prévisionnel des sites échantillonnés :
02 au 06 mai : Grand Cul-de-Sac et Petit Cul-de-Sac ;
7 au 13 mai : Côte sous-le-vent ;
14 au 20 mai : Port-Louis et la Côte Atlantique ;
21 au 29 mai : Petite-Terre, Saint François, la Pointe des Châteaux, le Sec Pâté.
La richesse des habitats, la spécialisation écologique des organismes et leur petite taille obligent à diversifier les méthodes d’échantillonnage afin de ne laisser aucune niche de côté.
Pour cela une panoplie d’approches est utilisée :
Les pêcheurs à pied : ils échantillonnent algues et invertébrés dans la frange littorale.
Les récolteurs à vue : ce sont des plongeurs qui – tels des cueilleurs-chasseurs -, observent les tombants, herbiers et fonds sédimentaires, à la recherche d’espèces fragiles et/ou dispersées dans le milieu.
Les brosseurs-suceurs : les plongeurs utilisent une suceuse pour aspirer le petit macrobenthos réfugié dans les creux et interstices des rochers, mais aussi dans les fonds meubles. Ils nettoient aussi blocs et débris coralliens avec des brosses afin de récolter les petits épibiontes - faune ou flore fixées- et la petite faune vagile – animaux se déplaçant sur le fond - .
Les dragueurs et poseurs de nasses : ces techniques permettent d’échantillonner et collecter des espèces non accessibles aux équipes de plongeurs. La drague est utilisée dans les fonds meubles et est déployée jusqu’à 200 m de profondeur. Les nasses appâtées permettent la capture de petits carnivores et charognards.
C’est à l’UAG, où un véritable laboratoire de campagne a été installé pour l’occasion, que l’ensemble des échantillons, ramenés par les équipes de terrain, sont tamisés et triés. Les espèces remarquables et représentatives sont photographiées, puis traitées (prélèvement de tissus pour le barcoding) et stockées (mises en conditionnement dans l’éthanol) avant archivage dans les collections nationales du MNHN. Ce dernier mobilisera ensuite son réseau d’experts pour la phase d’identification la plus pointue. Au terme du projet KARUKERA BENTHOS 2012, et compte tenu des méthodes et moyens humains mis en œuvre, il est vraisemblable que cet inventaire très complet constituera un modèle pour toute la région tropicale caraïbe. Le recensement de 300 à 500 espèces de macroalgues (rouges, vertes, brunes) et de 1000 à 1500 espèces de mollusques sont attendus. De nouvelles espèces seront sans aucun doute découvertes.

















